23 sept. 2008

Conclusions de la CMPEPS (Stiglitz, Sen, Fitoussi - 2008)

La Commission sur la Mesure des Performances Economiques et du Progres Social (CMPEPS) présidée par Stiglitz assisté de Amartya Sen et Jean-Paul Fitoussi, se donne 4 objectifs :
- préciser les limites du PIB comme instrument de mesure
- identifier les informations supplémentaires pour définir des indicateurs pertinents
- déterminer la présentation la plus adapté
- évaluer la faisabilité d'instruments de mesure alternatifs

« La Commission » remarque deux problèmes à la mesure statistique:
- des faiblesses conceptuelles: ne recouvrant pas tout le bien-être des citoyens
- l'inégalité accentue la valeur représentative d'une "moyenne » établie par le PIB par habitant
En outre, l'indicateur statistique d'agrégat de variables peut poser des problèmes si certains échanges marchands sont limités ou inexistants et doivent se confronter aux marchés concurrentiels où les prix relatifs traduisent les valorisations relatives marginales des biens.

Les trois conclusions sur les 3 thèmes (
tirées du rapport):

17 sept. 2008

Principe de l’accélérateur

L’effet accélérateur est un concept macroéconomique au fondement de l’oscillateur de Samuelson si associé au multiplicateur keynésien. En outre, il permet d’expliquer la transmission d’un choc durable sur la demande à l’ensemble de l’économie en jouant un rôle déstabilisateur. Par exemple en cas de récession, la déstabilisation viendra d’une relance de l’économie.
Par définition on considèrera qu’il s’agit d’une relation entre la variation de la demande d’un bien et les capacités de production satisfaisant cette demande. L’accélération provient d’une augmentation des capacités productives induisant une variation plus élevée de la demande.
Il s’agit d’un concept macroéconomique au sens qu’il a une influence sur les agrégats. Mais la relation n’est pas walrasienne : les prix n’interviennent pas. Le principe est donc incompatible avec une situation de concurrence parfaite et tend à se rapprocher du circuit économie production-revenu-dépense.

Sa mesure s’établit par le taux d’utilisation des capacités productives. Ces dernières étant toutes utilisées, on peut formaliser cette mesure par le coefficient de capital soit le rapport entre les moyens engagés pour produire et la production : l’effet accélérateur est maximal. Si les capacités productives sont excédentaires alors l’effet sera nul.

Deux modèles existent : le modèle de base et le modèle flexible tenant compte des anticipations des investisseurs en capacités de production et de la mise en œuvre de ces mêmes capacités. Ces derniers font l’objet de deux critiques.

Dans un premier temps, le modèle flexible suppose des anticipations rationnelles donc des prévisions parfaites. Or le modèle d’anticipations adaptatives suppose des erreurs et non un modèle parfait. Ainsi l’effet d’accélération ne joue plus car les choix inter temporels de l’offre s’adaptent en continu, la demande future est connue.

Ensuite, les fondements microéconomiques amènent les néoclassiques à justifier l’effet accélérateur par la fonction de production néoclassique. Or cette dernière se fonde sur des variations en termes de prix (concurrence parfaite) tandis que l’accélérateur se construit sur des variations en termes de quantité. On va donc supposer les rendements d’échelle comme constants : la demande détermine l’investissement par l’équilibre avec l’offre. Mais là aussi, difficile de justifier que l’offre suit la demande dans une logique néoclassique. Une économie planifiée supporterait de telles hypothèses avec par exemple le plan soviétique du Gosplan qui demanderait une certaine quantité de production à l’offre qu’elle dirige par sa planification impérative.

Si la crédibilité du modèle est fortement remis en cause d’un point de vue théorique, il n’en reste pas moins empiriquement constaté et économétriquement utilisable dans les modèles appliqués.

15 sept. 2008

Explications sur l’hyperinflation allemande de 1923

Les réparations ont induit 3 problèmes : un déficit de la balance des paiements, un déficit du budget de l’Etat et une récession.

Le déficit de la balance des paiements, en régime de change fixe, a induit une balance des transactions courantes différente de l’opposé des mouvements de la balance des capitaux (modèle en économie ouverte de Mundell-Fleming- 1963) et déficitaire d’où une dépréciation du mark. La dépréciation induit une hausse des prix des importations et une hausse généralisée des prix à importation constant. Cette hausse des prix nécessite une indexation des salaires d’où une croissance de la rémunération des facteurs de production supérieure à l’augmentation de leur productivité : c’est l’inflation par les coûts.

Le déficit du budget de l’Etat a nécessité un financement par la création monétaire d’où un gonflement de la masse monétaire et une inflation. Deux explications sont possibles. Si la dichotomie entre sphère monétaire et réelle est supposée alors il est possible que la variation à la hausse des prix n’ait pas été proportionnelle à celle de la masse monétaire (TQM - Fisher). En prolongement les anticipations rationnelles (Barro, Lucas, Sargent) montrent que les entreprises, anticipant une hausse des prix, ont relevé leur prix des biens et services qu’elles offraient. Cette situation traduit une perte de légitimité, de confiance et de bienveillance envers l’Etat de la part des agents économiques. Si la dichotomie entre les sphères réelles et monétaires n’est plus considérée alors l’inflation par le gonflement de la masse monétaire s’expliquerait par un taux de croissance de la masse monétaire inégale au taux de croissance de la production réelle à long terme (Friedman, Patinkin). L’inflation a donc affecté les comportements des agents économiques mais aussi aggravée le déficit de la balance des paiements conduisant à une dépréciation « interne » et « externe » de la monnaie. C’est l’inflation par la monnaie.

La récession résulte d’une action publique trop axée sur l’emploi pour réduire le chômage et qui a conduit à un accès au crédit trop facilitée, d’où une augmentation de la masse monétaire. De plus l’occupation de la Ruhr, la désorganisation économique et la chute de la production ont accentuée la conjoncture.

Ces trois problèmes interviennent sur un élément commun : le comportement des agents économiques. Les ménages se débarrassent des emprunts d’Etat pour acheter des devises ou des biens réels. Les entreprises ne rapatrient pas les devises des exportations. Le gouvernement laisse volontairement aller les tendances inflationnistes pour alléger la dette des réparations. Enfin, les banques commerciales créent d’autant plus de monnaie que les crédits affluent.

14 sept. 2008

Effet d'encaisses réelles

L’effet d’encaisses réelles mis en avant par Cecil Pigou (effet Pigou) considère qu’en situation de récession prolongée, une baisse des salaires devrait entraîner une baisse de la demande (selon la réponse de Keynes) mais c’est sans compter sur la valorisation des sommes détenues par les agents sous formes d’encaisses monétaires qui voit leur pouvoir d’achat augmenter : les prix baissent et ainsi stimulent la demande ; c’est un facteur de reprise puisque stoppant la « spirale déflationniste ». La thèse des effets d’encaisses réels jouent un rôle mineur dans la théorie économique depuis une vingtaine d’année du fait que ces dernières s’appuient sur un équilibre permanent avec emploi.

Une première critique porte sur la place des encaisses monétaires qui est trop faible relativement à la demande totale pour que les gains en pouvoir d’achat aient un impact important. Plus largement il semblerait que l’effet d’encaisses réelles ne joue réellement que sur les pièces et billets en circulation et non sur la monnaie scripturale pourtant majoritaire. Cette dernière est composée de créances et de dettes qui sont valorisées en cas de baisse des prix. Ainsi les gains en pouvoir d’achat des créanciers sont compensés par la baisse du pouvoir d’achat des débiteurs. D’où un effet nul.

Deuxième critique : la répartition des effets d’une baisse des prix sur les créanciers et les débiteurs. Une baisse des prix implique un effet négatif sur les emprunteurs, essentiellement les entreprises, et donc sur l’investissement (effet de levier négatif). Les créanciers voient les prix jouer en leur faveur mais une partie d’entre eux subiront l’insuffisance de l’offre due à cette même baisse des prix : les entreprises en faillite pénalise la demande qui leur était adressée.

Enfin une troisième critique porte sur une spirale déflationniste résultante d’une anticipation rationnelle des agents qui considèreront qu’une baisse des prix en appelle une autre et qu’ainsi mieux vaut acheter demain qu’aujourd’hui. Leurs anticipations s'autoréalisent.