26 août 2009

Monopole bilatéral et relation à long terme (3/3): (a)symétrie de l'information

Intéressons-nous à une situation de monopole bilatéral. Il y a un offreur et un demandeur.

Rappel des faits. Les investissements spécifiques incitent à l’établissement de relations privilégiées entre une offre et une demande. Dès lors un monopole bilatéral existe. Cette situation a deux impacts : premièrement elle modifie l’investissement ex-ante qui peut être non optimal, deuxièmement elle conduit les acteurs à s’approprier ex-post le maximum de rente possible. Il s’agira de voir l’impact du monopole bilatéral sur les niveaux des échanges.

Soit une offre et une demande. Le vendeur supporte un coût noté c pour produire une unité de bien. L’acheteur assigne au bien en question une valeur que nous noterons v. L’échange se réalisera au prix p. Aussi, si c>v c’est-à-dire le coût est plus cher que la valeur admise par l’acheteur alors l’échange ne se réalisera pas et le surplus sera nul.

Mais en considérant deux périodes d’échange. Imaginons qu’aucun contrat ne lie les deux agents au cours de la période 1. On obtient une situation éventuelle telle que v est supérieure à c mais qu’aucun échange ne se réalise. En seconde période, l’offre fixera un prix de sorte que l’échange se réalise et que chaque agent retire un surplus positif. En revanche si v est inférieure à c, l’un des deux parties obtiendra un surplus négatif: il n’y a pas d’intérêt à l’échange.

Ce constat nous permet dès lors d’avancer qu’en information parfaite et symétrique tout échange implique une allocation optimale de la ressource concernée. Il n’y a pas d’incertitude sur un volume d’échange ex-post. Etant donné un coût donné, un prix psychologique partagé ; il y a tout intérêt à fixer un prix p favorisant l’échange et rassurant les parties sur les implications de leurs accords. C’est le théorème de Coase (1960) de manière transposé. Il n’existe pas de coût de transaction susceptible de rendre inefficace l’échange ; parallèlement à notre sujet il n’existe aucune raison faussant les prévisions des deux parties. Les données sont connues de tous et partagées. L’échange reste toujours préférable.

En information asymétrique le problème se complique quelque peu. Le coût de production et le prix psychologique sont des informations privées et non partagées. Le monopole prend alors tout son sens puisque l’offre est tentée de profiter de son pouvoir de marchandage. Pour simplifier, supposons que le coût est rendu public mais pas le prix psychologique maximum que le consommateur (la demande) est prêt à consentir pour l’obtention du produit dont il est question. Un peu de probabilité.

Soit une distribution de probabilité de fonction cumulative F(v) avec F(u)=0 et F(w)=1 telle que v appartient à l’intervalle (u,w) tel que v supérieur à u et v inférieure à w (la fonction de densité est ici positive). L'offre fixe son prix de part son pouvoir de march. Si le prix est inférieur ou égal à v l'échange peut se réaliser, autrement non. On obtient alors une probabilité d'échange de 1-F(p) et une espérance de profit pour l'offre de: (1-F(p)) * (p-c). En dérivant l'espérance de profit on obtient: 1-F(p) - f(p) (p-c) avec f(p) la dérivée de F(p).

Aussi pour une hausse du prix p+dp la probabilité d’obtenir un profit supplémentaire est d’abord celle d’impliquer un échange plus important. Il y a donc une probabilité de 1-F(p). Si l’échange ne se réalise pas c’est le surplus net de l’offreur qui est perdu (soit p-c pour une probabilité de f(p)dp).

 On en déduit que f(p)(p-c)=1-F(p) c’est-à-dire qu’une variation du prix notée p+dp a une probabilité d’impliquer un échange de 1-F(p) mais aussi d’impliquer un abandon de l’échange et donc une perte du profit net p-c pour une probabilité de f(p)dp. A l’optimum les deux effets s’annulent.

En fait il est nécessaire que le prix soit égal au coût pour que l’acheteur prenne la décision la plus sûre pour l’échange et ses implications ex-post. Or on a supposé que le prix devait être strictement supérieur au coût. Il y a donc inefficacité de l’échange puisque un prix égal au coût ne rapporte pas de surprofit à l’offre. Si on augmente le prix à un niveau supérieur au coût il y a une certaine probabilité d’obtenir un profit mais aussi de perdre à l’échange. Or étant donné qu’initialement le profit est nul alors la perte n’est pas coûteuse.

Cet exemple et ce billet veulent montrer que le marchandage n’est pas efficace. Les travaux de Myerson et Satterthwaite (Efficient Mechanisms for Bilateral Trading, 1983, Journal of Economic Theory) le montrent très bien à un niveau d’abstraction plus élevé sous condition de liberté à l’échange. Une tarification de monopole serait donc inefficace en information incomplète ou asymétrique.

22 août 2009

Marché contestable avec fonction de coût sous-additive et coût moyen minimum constant

Quelques précisions relatives à l'article "Approche statique des rendements d'échelle dans une entreprise".

Un coût marginal constant avec un coût moyen décroissant sont possibles en cas de coût fixe. Pour un coût fixe de 100, un coût variable de 10 alors CT1=110/1 (première quantité produite)=110, puis CT2=120/2=60,etc.

Merci à Guillaume Arnould pour nous avoir envoyé l'article de Baumol (Contestable market: an uprising in the theory of Industry Structure dans le Volume 72 de The American Economic Review publié en mars 1982). Après bien des recherches il s'avère que la démonstration à la non réciprocité de la seconde proposition (un coût moyen décroissant implique une fonction de coût sous-additive mais pas l'inverse) peut se trouver en page 8 et 9 de l'article.

Baumol montre d'abord la difficulté à satisfaire simultanément les hypothèses de rendements d'échelle constant (avec un profit de 0) et un prix au coût marginal. En posant son analyse sur un coût moyen minimum comme barrière à l'entrée pour de nouveaux entrants, il montre que ce même coût moyen minimum est (empiriquement) un intervalle d'output dans lequel le coût moyen est constant. De sort qu'il est possible d'obtenir un marché où une ou deux firmes domine l'industrie avec une courbe de coût moyen horizontale appartenant à un intervalle fermé entre une quantité y et une quantité ky avec k comme coefficient supérieur ou égal à 2. Si certains le souhaitent un prochain billet pourra s'attacher à développer cette démonstration. A vos suggestions :-)

21 août 2009

Monopole bilatéral et relation à long terme (2/3): investissements idiosyncratiques

Dans le précédent billet nous avions proposés une distinction entre coûts de commutation et investissements spécifiques à long terme; insistant par ailleurs sur une relation qui peut s'avérer floue. Sans trop pousser les travaux de Williamson nous avions présentés deux sous-branches des investissements spécifiques: ceux spécifiques au site et ceux spécifiques au capital humain. Il s'avère nécessaire de rendre plus exhaustive notre analyse en distinguant deux nouvelles sous-branches.

La troisième est donc la spécificité physique liée aux caractéristiques physiques du bien. Il s'agit de la capacité d'un bien intermédiaire à être utilisé par différents facteurs de production comme le travail. Une machine du tissu productif pourra être utilisée par x personnes tandis qu'un logiciel de gestion des ressources humaines ne sera, a priori, utile qu'au directeur des RH. Enfin la quatrième spécificité est celle "dédiée" (complémentaire) qui vise à ajouter une unité productive à telle équipe ou à affecter cette dernière d'une nouvelle machine pour améliorer la productivité.

Si nous n'avions pas jugé utile de présenter ces 2 dernières sous-branches c'est tout simplement car elle n'était pas nécessaire à notre analyse, mais plus de partage de connaissance ne fait pas de mal. Pour revenir aux deux investissements spécifiques initialement proposés, l'investissement spécifique en capital humain peut se distinguer lui-même en sous-sous branches, au nombre de trois. Cette nouvelle classification nous permettra d'élucider le concept d'investissement idiosyncratique.

La première sous-sous branche liée à un investissement en capital humain est la compétence générique. On parle de ce concept quand les transferts de capital humain peuvent se réaliser d'une industrie à une autre (Becker 1964). D'autre part si celles-ci restent spécifiques à un secteur on parle de compétences spécifiques au secteur d'activité. Enfin si les investissements restent internes à l'entreprise alors on évoque le cas de compétences spécifiques à une firme. Les investissements idiosyncratiques concernent uniquement ce type d'investissement en capital humain.

Nous avions présentés une définition assez légère en considérant qu'il s'agissait grosso modo d'un gain futur espéré. De manière plus pragmatique, une équipe dirigeante entreprendra un projet nécessitant un investissement si les gains espérés futurs sont supérieurs à la perte d'utilité au projet. Le fond de la chose suggère qu'il persiste une situation d'asymétrie d'information entre différents agents ou du moins une incertitude permanente. Par exemple, un investissement en recherche et développement (R&D) induit des spécificités internes à la firme, des connaissances en capital humain dont ne disposeront pas les concurrents effectifs ou potentiels. C'est pourquoi une situation de monopole bilatéral peut résulter de telle situation. Une étude de Grand en 1991 montre par ailleurs que les entreprises n'investissant que peu en R&D et disposant d'une capacité d'endettement élevée font souvent l'objet d'une Offre Publique d'Achat (OPA). L'inverse pourrait donc s'avérer suffisant pour justifier un monopole sur un marché non contestable de part des compétences spécifiques internes à l'unique offre présente sur ce même marché.

19 août 2009

Monopole bilatéral et relation à long-terme (1/3): monopole naturel

Une situation de monopole naturel peut résulter de deux perspectives. 

La première est celle d’information parfaite où une entreprise produit à moindre coût, le planificateur n’ayant pas d’intérêt à ce qu’il y est une offre concurrentielle. La condition nécessaire supplémentaire est que le planificateur connaît parfaitement la fonction de coût de cette entreprise qui doit être sous-additive (il est mieux de produire toutes les quantités sous une même technique que de manière disjointe). Un autre exemple est de considérer un secteur non réglementé . Pour chaque nouvelle entreprise entrante, le profit par entreprise diminue (en supposant un profit identique aux n firmes de ce même secteur). On aura alors une situation de monopole naturel si le profit de l’entreprise A est strictement positif et si les n-1 autres entreprises ont un profit négatif ; en outre si l’entreprise A est la seule considérée comme rentable.
La seconde perspective est celle d’une information imparfaite. Le régulateur arbitre entre obtenir plus d’information et les rendements d’échelle. Ce dernier peut privilégier une entreprise grâce à ses rendements d’échelle ce qui lui permettra ainsi de diminuer l’opacité de l’information.
Un monopole naturel peut alors donner lieu à un monopole bilatéral, avec un offreur et un demandeur. De part cette hypothèse il nous sera possible d’analyser les relations long-termistes d’une entreprise.
Un peu de vocabulaire. Grâce aux nombreux travaux de Williamson (notamment «Franchise Bidding for Natural Monopoly, Bell Journal of Economics, publié en 1976) on dissocie les coûts de commutation et les investissements spécifiques pour résumer les relations de long terme. Les coûts de commutation relèvent de la mise en place d’une réglementation (comme l’attribution d’un monopole naturel) ou des périodes de formation de certains effectifs notamment tous les problèmes relatifs au turn-over. Les coûts de commutation peuvent être perçus comme des investissements idiosyncratiques c’est-à-dire comme résultant de comportements inter-temporels tels qu’il est préférable d’entretenir une relation particulière non pas pour l’apport présent mais pour celui futur (exemple : espéré un échange futur). Mais ces investissements spécifiques renvoient aussi à deux autres aspects. La spécificité du site (proximité spatiale) et la spécificité en capital humain (apprentissage des processions productifs). En outre dissocier les deux concepts s’avèrent utiles mais il faut garder en tête que ces deux notions restent assez croisées dans certains cas. L’essentiel est double : d’une part l’échange est anticipé ou du moins il existe des comportements rationnels ex-ante et ex-post ; d’autre part il existe un monopole bilatéral être un offreur et un demandeur. Ce dont il sera question dans le prochain billet.

17 août 2009

Approche statique des rendements d’échelle dans une entreprise

Il est habituel de considérer qu’une concentration des activités intra-firmes pour une compagnie reste souvent la solution la plus bénéfique de part les économies d’échelles. Cette assertion repose cependant sur différentes conditions que nous essayerons d’analyser dans ce billet.
On peut globalement considérer le problème ainsi : par une perspective statique, une entreprise qui élève suffisamment son niveau de production utilise des techniques plus efficaces. Les salariés travaillent à des tâches spécifiques, les nouvelles technologies permettent des réductions de coût unitaire, etc. Par exemple une entreprise utilisant 1000 machines dont l’une est en panne sera moins affectée par cet incident qu’une entreprise n’utilisant que 500 machines. Par ailleurs un article de Arrow et al. publié en 1972 montre que pour une fonction de production à rendements d’échelle croissants et caractérisée par un nombre suffisamment élevé de machine (loi des grands nombres), une ou plusieurs pannes tendent à avoir un impact négligeable à long terme et tendent à transformer la fonction de production en rendements d’échelle constants.
On peut autant élargir le sujet à une entreprise uni-produit que multi-produit. On nommera ainsi des économies spécifiques à un ou plusieurs produits (économies de réserves groupées). Le cas de n produits peut s’adapter à la définition si leurs techniques de production sont similaires. De nombreuses discussions ont lieu sur l’organisation des firmes notamment par des économistes comme Williamson (1975) ou Chandler (1966). Diversifier les activités au sein d’une même entreprise en limitant la sous-traitance (par exemple intégrer directement le service marketing-publicité) doit permettre de réduire les coûts de transaction et l’asymétrie d’information soit réduire l’incertitude souvent source de problème.
Mais quelle est la condition justifiant une synergie statique ?
La solution repose sur la sous-additivité de la fonction de coût de production d’une firme. Il faut obtenir une fonction telle que la somme des coûts de x quantités reste supérieure au coût de la somme de ces x quantités. En outre produire ces x quantités séparément doit induire un coût plus élevé que dans une situation où les x quantités sont produites conjointement. Présentée autrement, la sous-additivité peut être schématisée ainsi : 

Coût total d’une boîte dans l’usine A + Coût total d’une caisse dans l’usine B > Coût total de (une boîte+une caisse) dans l’usine C

Cette condition nécessite donc des coûts marginaux décroissants qui impliquent des coûts moyens décroissants qui eux-mêmes impliquent une fonction de coût de production sous-additive. Il s’agit ici d’une causalité et non d’une corrélation. Il peut exister des fonctions associant un coût marginal constant voire croissant et un coût moyen décroissant. De même, il existe des fonctions de coût à sous-additivité mais sans coût moyen décroissant. Les deux réciproques ne sont pas vraies.
Je vous invite par ailleurs à compléter ce billet, notamment en proposant la démonstration de cette seconde réciproque que je n’ai pas réussi à trouver et qui figure dans la proposition 2A1 de l’article de Baumol et al. publié en 1982 (auquel je n’arrive pas à avoir accès). Sans doute dans l’article : Contestable Market : an uprising in the theory of Industry Structure. Merci !

11 août 2009

Internalisation des pratiques commerciales et réglementation concurrentielle

La réglementation antitrust fait souvent usage de mesures visant à décourager un pouvoir de monopole. L’intégration verticale ou horizontale doit permettre de s’affranchir de ces contraintes au moyen d’une internalisation des transactions et ce afin de minimiser les coûts. L’intégration horizontale concerne l’échelle de production pour une entreprise relativement à un bien ou une gamme de produit tandis qu’une intégration verticale concerne les transactions entre différentes entreprises afin de produire un bien donné. Ce billet propose quatre situations où une intégration verticale permet de pallier ou de s’affranchir d’une loi antitrust.
Une politique fiscale visant à imposer chaque entreprise sur ses ventes encourage à la fusion notamment avec les producteurs de biens intermédiaires. Si l’imposition porte sur la transaction elle-même, l’internalisation suffit à rendre opaque ces dernières. En revanche si l’imposition porte seulement sur la valeur ajoutée il n’y a pas plus de raison d’internaliser que de persister à externaliser les activités productives pour une entreprise. En soit un impôt sur les ventes par la VA s’avère neutre sur cette décision. Une mesure palliative d’intégration peut aussi résulter d’une régulation par le taux de rendement. L’entreprise doit alors maximiser son profit pour conserver un même excédent brut d’exploitation et l’intégration, avec un production de consommation intermédiaire dans l’échelle productive, s’avère être une solution efficace.
Si cette dernière mesure doit atténuer l’impact d’une politique concurrentielle, d’autres peuvent effectivement permettre un affranchissement total de ces politiques. Bien entendu, tout dépend des mesures entreprises (comme les taxes sur le taux de rendement ou à la transaction). Si une entreprise cherche à discriminer sa clientèle, soit cherche à atteindre le maximum d’une rente potentielle, tout en connaissant le prix implicite que ses clients sont prêts à proposer pour satisfaire leur besoin ; alors cette même entreprise va devoir éviter certaines règles anti-trusts. Le moyen est une nouvelle fois l’intégration. Dans le cas de deux fournisseurs, on peut aisément supposer qu’en intégrant l’un des deux (notamment celui disposant du prix implicite le plus faible) alors on peut profiter pleinement de la rente potentielle relative au second fournisseur. En outre, si une discrimination par les prix est interdite et si une régulation par les prix n’existe pas, alors l’entreprise doit intégrer sa première clientèle pour profiter d’une situation de monopole sur le second marché. De la même manière si un marché subit une régulation par les prix à un niveau inférieur à l’équilibre de marché, une intégration peut permettre de profiter de cette rente potentielle en fixant un montant de transaction identique à celle sur un marché libre.
Bien entendu, il ne s’agit là que d’exemples montrant l’intérêt d’internaliser les activités dans une entreprise. Il sera donc prochainement question d’évoquer la vision technologique de l’entreprise, de manière statique, et sa vision long termiste par une étude dynamique.

9 août 2009

Modèle simple pour justifier l'amende de l'AMF en cas de délit d'initié

Intéressant article de Augustin Landier publié sur le site des Echos. Il s'interroge sur le niveau d'amende imposé par l'AMF à Noël Forgeard (5,4 milions). Il montre par un raisonnement relativement simple mais efficace que pour une probabilité de se faire attraper de 20% (soit une chance sur cinq) et un taux d'actualisation entre 2006 (date du délit d'initié) et 2009 de 5%, Noël Forgeard gardait tout raison rationnelle de veiller dans l'illégalité.

Pour reprendre l'article, la démarche est la suivante:
  1. Sans délit d'initié il gagnait 2,3 millions d'euros, avec délit d'initié il augmentait son gain de 1,4 million soit gagnait 3,7 millions d'euros
  2. Pour une amende de 5,4 millions d'euros actualisée à 5% de 2006 à 2009 on en conclue que sa valeur lors de l'arbitrage éventuelle que l'ancien dirigeant d'EADS aurait pu faire était estimée à environ 4,43 millions d'euros (taux d'actualisation de 1/(1,05^4)=0,82 multiplié par l'amende de 5,4 million soit 4,43 millions)
  3. Si la différence entre le profit tiré du délit d'initié (1,4 millions) et le coût anticipé de la sanction pour une probabilité de 20% (0,2*4,43=0,886) est positif alors le délit d'initié est rationnellement préférable
En outre on pourrait tirer deux enseignements. Le premier, en retenant l'hypothèse d'un taux d'actualisation à 5%, est qu'il est nécessaire d'augmenter la probabilité d'un coût anticipé d'au moins 32% pour désinciter les dirigeants à réaliser des délits d'initiés (1,4-4,43p<0 et p supérieur à 0,316). Un second enseignement est aussi que le niveau de l'amende (en retenant les 2 hypothèses de taux d'actualisation et pour une probabilité de 20%) doit être supérieur à 8,51 millions d'euros (1,4 - 0,2*(1/(1,05^4))A < 0 et A supérieur à 8,51 à l'excès). Rien de bien novateur relativement à l'analyse de Augustin Landier mais il s'agit d'aller au bout du raisonnement.

Comme le conclu l'article, de trop nombreux facteurs peuvent être considérés (comme la prise en compte de l'asymétrie d'information par l'aversion au risque et l'espérance de gain, l'impact sur l'entreprise ,etc). Mais il s'agit d'un modèle simple pour montrer que l'amende envisagée n'est pas aussi évidente à accepter que ne le laisse supposer les médias.

7 août 2009

Qu'est-ce qu'un marché?

Cette question est au fondement de la science économique. Pourtant elle est très souvent mal définie dans les journaux et parfois même dans de nombreux cours du supérieur. Un marché n’est pas la rencontre d’une offre et d’une demande relatifs à plusieurs biens homogènes. L’hypothèse d’homogénéité en concurrence pure et parfaite est en fait très vouée à l’interprétation. On parle d’homogénéité des produits en CPP lorsqu’un agent est indifférent entre consommer le bien A ou le bien B. On pourra retenir cette définition en excluant une éventuelle substituabilité parfaite des produits car elle impliquerait qu’à chaque marché est associé une seule entreprise, ce qui le plus souvent (mais pas toujours) contraire au principe d’un marché concurrentiel.

On peut retenir une explication plus précise de ce concept. Un marché devient alors un lieu d’échange permettant une analyse des interactions entre entreprises dans un cadre d’équilibre partiel. La substituabilité des produits se limiterait au fait que les agents sont indifférents entre deux biens, proches et proposés au même prix.

Le problème réside réellement dans cette substituabilité. Paul Joskow et Richard Schmalensee y attache d’ailleurs beaucoup d’importance. En 1933 Robinson propose une explication de la « frontière d’un marché » en considérant un bien homogène de base. A partir de ce dernier, on doit pouvoir définir son substitut noté B, et le substitut C de B, ainsi de suite (…) jusqu’à trouver une rupture de ces substituts définissant alors les limites du marché. On peut critiquer cette vision par trois arguments.
Une première critique est que tout bien est potentiellement un substitut d’un autre, de façon infinitésimale. Pour retenir un exemple très voire trop basique (vous êtes d’ailleurs invité à compléter ce billet qui est trop incomplet puisque ne proposant que certaines pistes) : un agent au budget de 5 euros, qui doit manger, n’arrêtera pas de se nourrir si la baguette coûte 8 euros ; il trouvera un substitut pour subvenir à son besoin vital (l’exemple n’est pas forcement parlant je l’admets mais reste adapté à cette critique) qui peut ne pas être similaire au pain.
Un second argument est que la transitivité entre les biens n’est pas forcement vérifiée. En outre, trois biens substituables ne sont pas forcement similaires de sorte que le bien A peut être en forte concurrence avec le bien B tandis que le bien C le sera dans une moindre mesure avec les biens A et B. Par exemple, John Travolta aurait très bien acheter un Airbus plutôt qu’un Boeing 707, mais il aurait aussi pu se contenter d’un Gulfstream 5. Bon…Pour dire vrai il a un Boeing 707 et un Gulfstram 2..Mais pas le cinq.
Une dernière remarque est qu’un marché consacre x produits eux-mêmes output de x entreprises. En évaluant un marché par ses limites effectives, on exclut d’office ses limites potentielles soit les concurrents potentiels.

Une autre solution, et qui conclura ce billet, est d’évaluer l’élasticité de la demande. Plus celle-ci est faible, plus le profit d’une entreprise est élevé. En fixant un certain niveau de profit au delà duquel il n’y a pas substituabilité avec un bien concurrent, on peut déterminer de nouvelles limites à un marché donné.

En espérant que cet article servira de relais à de nouvelles propositions, par le biais des commentaires :-)

5 août 2009

Qu'est-ce que l'organisation industrielle (OI)?

Joe Bain publie en 1959 « Industrial Organization », une œuvre majeure puisque à l’origine de nombreux et nouveaux programmes de recherche. On distingue alors ce domaine théorique comme l’étude de la structure d’un marché qui détermine le comportement des entreprises qui lui-même influe sur leurs performances : c’est ce qu’on appelle de manière plus habituelle le paradigme structure – comportement – performance. 

Contestant des corrélations sans causalités, la tradition de Chicago (Director, Stigler) tente de renouveler les principes méthodologiques de ces analyses. L’un des principaux outils qui tiendra un rôle majeur est l’économétrie qui permettra de « véhiculer des messages importants par des théories non formalisées, les rapports et observations sur les comportements » pour ensuite « exhiber des modèles formels pour prouver qu’un certain type de construction formalisée peut expliquer ou incorporer une part de ce qui est réellement observée » (Joskow 1975).

On peut alors observer un renouvellement de ce domaine dans les années 80 (voire la synthèse de Richard Arena à ce sujet) avec la micro-économie industrielle théorique tenant compte de l’économie de l’information. On l’appelle plus couramment la « théorie de l’organisation industrielle » en référence à l’ouvrage écrit par Jean Tirole en 1988. Ce champ théorique se renforce par la théorie des jeux, les jeux évolutionnaires et des études dynamiques et non plus statiques. On peut mettre en évidence deux autres branches qui complètent ces analyses. D’une part les courants évolutionnistes par les travaux de Dosi, Freeman, Silverberg ou Soete (1988) et ceux néo-institutionnalistes (Coase, North et Williamson dans les années 80 et 90) qui ont notamment permis une meilleure définition des frontières respectives de la firme et du marché. Plus récemment certains travaux ont plus insisté sur le rôle des conventions dépassant le seul souci d’asymétrie informationnelle, d’incomplétude ou d’imperfection des marchés. Enfin l’auto-organisation tend aujourd’hui à devenir un champ à part sous l’influence de l’ouvrage de Krugman publié en 1996 (L’économie auto-organisatrice).

Jean Tirole propose une définition de l’organisation industrielle sous plusieurs dimensions. Dans la 1ère dimension il considère ce concept comme l’étude de la structure et des comportements des entreprises. Dans une 2nd dimension il considère que l’OI doit être un outil pour vérifier l’efficacité des marchés. Enfin la 3ème dimension doit insister sur le problème de l’information comme contrainte à ces inefficacités. 

Outre le champ théorique, il s’agit aussi d’une science pragmatique via deux outils. Le premier est l’analyse économétrie notamment les travaux de Bresnahan 1987, Joskow 1985 et Porter 1983 et le second outil renvoie aux expériences contrôlées en laboratoire (particulièrement Plott 1982). Il s’agit donc d’un domaine extrêmement vaste et complété par d’autres domaines de la science économique. Un programme de recherche à part entière. Mais peut-on rapprocher aussi simplement les courants institutionnalistes, à celui de l'organisation industrielle? Il semblerait préférable de considérer que l'OI a surtout profité comme d'autres champs théoriques (économie expérimentale, économie de l'éducation, économie internationale, etc.) des nouveaux outils pour mener à bien ses travaux autant normatifs que positifs.