20 nov. 2010

Impacts économiques du nouveau Gridlock américain


Les élections américaines de mi-mandat ont justifié un rejet de la politique menée par le Président Obama. En prenant le contrôle de la Chambre des Représentants par le gain de 60 sièges, les Républicains reflètent le mécontentement des électeurs sur la politique de relance, la réforme de l'assurance-maladie ou la politique énergétique.
Quels peuvent être les impacts économiques de ce changement politique?



Historiquement ce phénomène de gridlock, qui désigne la perte de la majorité dans le Congrès américain pour le Président en place, est bon pour les marchés financiers. La situation repose sur les expériences de 1986 sous Reagan, de Clinton en 1994 et 1998 ainsi que sur celle plus récente de Bush. Les variations des actifs, particulièrement ceux risqués, tendent à être plus importantes. Cette attente peut être renforcée par la seconde politique de quantitative easing menée par la FED qui à défaut d'avoir un impact mondial sur les politiques monétaires des autres pays, doit avant tout permettre une reprise de l'activité américaine. Le lien le plus important repose sur les obligations comme actifs non risqués. Les investisseurs évaluent le coût d'opportunité de changer les montants investis dans des obligations pour les reporter vers les actifs risqués comme les actifs. En bref, les nouvelles liquidités émissent par la FED peuvent accentuer l'écart de rendement entre ces deux types d'actifs et donc accroître le coût d'opportunité de garder des obligations en portefeuille. L'impact du gridlock américain renforce cet arbitrage. Les mesures fiscales désirées par le Président Obama cible les niveaux d'impositions sur les plus-values et les dividendes qui ont été abaissés sous la Présidence Bush.

Les conséquences de ce changement politique ne portent pas seulement sur des critères historiques, elles peuvent être très importantes sur de nombreux enjeux actuels et internationaux. Le Parti Républicain se constitue de membres plus souvent libre-échangistes que protectionnistes, une différence notable avec le Parti Démocrate. On peut donc espérer une reprise des accords commerciaux notamment avec certains partenaires d'Amérique du Sud ou de Corée du Sud. On peut autant tabler sur une reprise des accords commerciaux.

Le plus important est à venir. La politique du Président Obama repose depuis plusieurs semaines sur un refus catégorique de prolonger l'augmentation du déficit public en augmentant les dépenses, a contrario de nombreux Républicains qui soutenaient cette proposition. Comme le signale Robert Shiller, les conditions pour emprunter à faible taux n'ont jamais été aussi favorables depuis de nombreuses années. Insister sur une consolidation budgétaire avec une activité économique faible qui nécessite de nouvelles dépenses n'est pas la solution, aux Etats-Unis comme en Europe. L'émission de titres de dettes indexés sur le PIB nominal doivent encourager des investissements structurels dans l'éducation, la recherche et les infrastructures. En ce sens, le "nouveau" Congrès peut encourager cette volonté d'accroître les dépenses pour assurer une croissance économique plus adaptées aux prochaines années. Des modifications qui restent exposées au veto du Président en place. La réforme sur l'Assurance-maladie ne pourra pas être modifier aussi aisément avant le prochain mandat, sous-condition que le successeur d'Obama soit un Républicain. Enfin le budget fédéral attirera toutes les attentions et devrait être à l'origine des discussions les plus houleuses tant les oppositions sont importantes entre partis. Pour finir, le refus américain d'instaurer, ou d'échapper, à une politique de régulation environnementale à l'échelle internationale peut se substituer à des investissements structurels en terme d'innovation pour limiter les différentes émissions polluantes. Ces innovations nécessitent un investissement privé, ou un soutien de la sphère public par de nouvelles dépenses. En somme, ces politiques pourraient ainsi déstabiliser la cohérence des politiques du Président Obama. Un équilibre en interne comme en externe reste à trouver. Ce gridlock peut être plus important des vingts dernières années.

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