Intéressant article de Nouriel Roubini sur la crise grecque.
Le premier constat est que la Grèce, comme l'Irlande, le Portugal, l'Italie ou l'Espagne ont un coût unitaire du travail trop élevé. Les salaires ont augmenté plus vite que la productivité du travail d'où une baisse de compétitivité. D'autre part la Grèce a utilisé massivement ses dépenses publiques au dépend de la dette publique.
Roubini considère que la volonté actuelle des dirigeants grecs de réduire la pression fiscale serait à court terme plus néfaste qu'une hausse des taxes. Il faut garder comme objectif principal une croissance de la production, seule condition nécessaire et suffisante pour réduire le déficit et diminuer la dette. Il utilise la comparaison avec l'Argentine: en 2000 le déficit du budget était à 3% contre 13% pour la Grèce tandis la dette publique de l'Argentine était alors de 50% contre 120% aujourd'hui pour la république hellénique.
Dans ces conditions, une croissance soutenable est indispensable et nécessite une dépréciation de la monnaie. Trois moyens sont avancés par Roubini. D'abord réaliser une déflation de 30% sur les salaires et les prix, solution difficile à faire accepter d'un point de vue politique et qui peut faire persister la récession. Seconde possibilité: s'inspirer du modèle allemand. Il s'agit de réaliser des réformes structurelles et notamment de réduire le coût unitaire du travail en augmentant la productivité du travail et en contrôlant l'augmentation des salaires de manière modérée de telle sorte que des gains en termes de compétitivité du facteur travail soient obtenus. De manière inter-temporelle, cette solution peut poser problème car elle implique de lourds sacrifices à court terme et des bénéfices à long terme. C'est là tout l'enjeu du problème grec. Le pays dispose d'un très fort risque d'insoutenabilité (sur le long terme donc) et l'on reste partagé entre appliquer des réformes lourdes qui vont peser sur la population grecque et remettre en état le pays pour qu'il redonne confiance aux investisseurs sur le long terme. Une troisième possibilité est une baisse de l'évaluation de l'euro vis-à-vis du dollar mais des risques de contagion persiste notamment entre l'Irlande, l'Espagne, l'Italie ou le Portugal.
Beaucoup d'analystes l'ont annoncé: le problème grec est autant économique que politique. La crédibilité des institutions est en jeu, la stabilité du marché commun, de la monnaie unique comme des instances internationales responsables de la gestion de sortie de crise sont mis en avant. Dans ce contexte deux solutions existent: soutenir la Grèce par des taux suffisamment bas pour être soutenable (sans accroître la probabilité d'insolvabilité ou d'illiquidité), ou bien exclure temporairement la Grèce de la zone Euro. La première solution a été privilégiée, la seconde porte à discussion. Sur le principe, la Grèce n'a plus rien à faire dans la zone euro (indicateurs macroéconomiques); mais d'autres pays ont déjà franchi les limites des indicateurs macroéconomiques du traité de Maastricht. Juridiquement les conditions d'exclusions sont opaques, mieux elles ne semblent pas avoir été évoquées. L'une des failles de nos institutions européennes est sans doute d'avoir imposé des règles et des conditions strictes pour l'adhésion dans l'UE sans avoir développé les cadres d'exclusion.
La crédibilité de nos institutions réside en ce sens. Too big to fail?